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Faucons pèlerins montois... 2026 suite - épisodes 11-14 (final)

Dernière mise à jour :

Les Faucons de Mons – épisode 11

Au sommet du beffroi, la couvaison suit son cours, entre normalité et incertitude. J’ai pu observer un comportement normal lorsque le mâle et la femelle se relaient pour maintenir les quatre œufs à bonne température. Mais cette saison n’a rien d’ordinaire et deux de ces œufs auraient déjà dû éclore, soit le week-end dernier, soit dans les jours qui viennent. Même si une naissance reste encore possible à très court terme, l’absence d’éclosion tend à confirmer ce que les observations des semaines précédentes laissaient déjà supposer : les deux premiers œufs ont sans doute été mal couvés. L’attention se porte désormais sur les deux derniers, avec l’espoir d’une éclosion autour du 17 au 19 mai.

Et puis il y a « Tanguy », devenu au fil des semaines un personnage bien connu des observateurs. Toujours présent autour du nichoir, il s’est encore montré à plusieurs reprises devant la caméra. Son comportement ne passe pas inaperçu : il chasse son père lorsque celui-ci couve et vient aussi perturber la femelle, allant même jusqu’à creuser une cuvette à quelques centimètres d’elle quand elle couve. Une précision toutefois : faute de bague d’identification, rien ne permet d’affirmer avec certitude que cette femelle est la même que l’an dernier. Autrement dit, il est impossible de dire s’il s’agit bien de la mère de « Tanguy » ou d’une autre femelle. Dans le nichoir, cette agitation fait désormais partie du quotidien.

D’ailleurs, on parle souvent de « nichoir » mais pourquoi avoir installé une telle structure pour les Faucons pèlerins au sommet du beffroi ? La réponse s’inscrit dans l’historique passionnant de cette espèce. Dans les années 1970, le Faucon pèlerin a presque disparu d’Europe. En cause : les pesticides, absorbés indirectement par les rapaces à travers leurs proies, ont intoxiqué les adultes et fragilisé les œufs. Face à ce fléau, l’espèce a ensuite bénéficié d’une protection renforcée, notamment grâce à la Directive Oiseaux, tandis que des substances comme le DDT ont été interdites. Mais c’était trop tard : au début des années 1980, le Faucon pèlerin avait pratiquement disparu de Belgique.

Pour favoriser son retour, les ornithologues ont alors misé sur une stratégie simple et efficace : multiplier les sites potentiels de nidification pour augmenter les chances de voir revenir le Pèlerin chez nous. Des nichoirs ont ainsi été installés sur de hautes structures, notamment sur les tours de refroidissement de certaines centrales électriques, comme à Tihange. Ce choix n’avait rien d’anodin. À l’état naturel, le Faucon pèlerin niche sur des falaises, un habitat relativement rare en Belgique. Ces installations artificielles ont donc joué le rôle de falaises de substitution. Le résultat ne s’est pas fait attendre : dès le milieu des années 1990, une première nichée historique confirmait un retour fragile mais encourageant de l’espèce.

Peu à peu, d’autres nichoirs ont été installés sur des immeubles élevés, des églises et des pylônes. Cette politique de réintroduction a porté ses fruits. Aujourd’hui, la Belgique compte environ 250 couples nicheurs. À Mons, le couple installé au beffroi, soutenu par la mise en place d’un nichoir en 2007, illustre à lui seul la remarquable capacité de résilience du Faucon pèlerin. Son retour témoigne d’une réussite majeure de la protection de la biodiversité, pour une espèce qui avait disparu de nos paysages pendant plusieurs décennies.

Suivez le direct sur : https://www.youtube.com/watch?v=MW71HA-AzUQ ou tapez « Faucon Story » sur Youtube si le lien a changé

 

Les Faucons de Mons – épisode 12

Avec un petit jour de retard, voici des nouvelles de notre couple de Faucons pèlerins installé dans le beffroi de Mons.

La couvaison se poursuit, mais les derniers jours semblent confirmer ce que l’on craignait : les deux premiers œufs n’ont malheureusement pas éclos. Ces œufs, pondus les 30 mars et 6 avril, avaient été peu couvés au début de la saison. Or, chez les Faucons pèlerins, les œufs éclosent généralement après un peu plus d’un mois d’incubation. S’ils avaient été viables, les poussins seraient donc probablement déjà nés depuis une semaine ou deux.

Autre indice : l’un des œufs a désormais disparu du nid. Nous n’avons malheureusement pas pu assister à la scène. Les faucons étaient souvent cachés dans un angle peu visible de la caméra, et une coupure du direct ce week-end est justement survenue au moment où cette disparition a probablement eu lieu.

Pourquoi cet œuf a-t-il disparu ?
Chez les rapaces, il arrive qu’un œuf non viable soit évacué du nid. La femelle peut le rejeter à l’extérieur, ou parfois même le consommer. Cela peut paraître surprenant, mais ce comportement a une utilité bien précise : garder le nid propre et éviter d’attirer d’éventuels prédateurs. Dans la nature, les nids de Faucons pèlerins peuvent en effet être menacés par des animaux opportunistes comme les fouines, les martres, certains corvidés ou encore le grand-duc.

Une autre hypothèse existe également : l’œuf aurait pu être accidentellement cassé. Depuis plusieurs semaines, le jeune faucon né en 2025, surnommé « Tanguy », revient régulièrement visiter le nichoir familial. Ses visites sont parfois… un peu maladroites. Il lui arrive de marcher sur les œufs sans beaucoup de délicatesse. Rien ne permet de penser qu’il cherche volontairement à détruire la nichée, mais son comportement a déjà été remarqué à plusieurs reprises sur le direct.

Fait intéressant : la femelle tolère très bien la présence de « Tanguy ». Le mâle, en revanche, préfère souvent quitter le nichoir dès que le jeune arrive, même lorsqu’il était en train de couver. On observe aussi entre eux de curieuses “salutations” : des gestes et postures typiques des Faucons pèlerins qui servent à montrer l’absence d’agressivité. Chez cette espèce, le mâle, plus petit que la femelle, adopte souvent ces attitudes d’apaisement pour éviter tout conflit. Une véritable façon de dire : « Je viens en paix ! »

Les prochains jours seront maintenant décisifs pour la nichée 2026. Les deux derniers œufs encore présents devraient éclore entre le 20 et le 22 mai.

Croisons les doigts pour que le prochain épisode nous apporte enfin la bonne nouvelle tant attendue : l’arrivée des premiers fauconneaux !

Les Faucons de Mons – épisode 13

Il parait que le chiffre treize porte malheur…et bien malheureusement pour cette saison, cela semble se réaliser !

Alors que la semaine dernière un des quatre œufs pondus par nos Faucons pèlerins du beffroi avait été « évacué » hors du nid, c’est maintenant un autre œuf qui a disparu…enfin pas tout à fait !

Ce jeudi, un œuf a éclos. Enfin !

Sur la vidéo jointe, on aperçoit un minuscule fauconneau, couvert d’un léger duvet blanc, lutter pour sortir de sa coquille fendue. La naissance chez les rapaces est un véritable marathon : il faut parfois près de 24 heures au petit pour percer la coquille, la fissurer puis réussir à s’en extraire complètement.

Après de nombreux efforts, le premier fauconneau tant attendu du couple montois voit enfin le jour. Il ne pèse qu’une trentaine de grammes pour à peine deux centimètres. Mais la joie sera malheureusement de très courte durée…

À peine né, alors qu’il est encore couvé par son père, le célèbre intrus du nichoir fait son retour : « Tanguy », le jeune mâle né au beffroi en 2025. Comme à son habitude, il chasse son père du nid avant de se retrouver face au nouveau-né. Sur les images, il semble intrigué, presque surpris par cette petite boule de duvet. Il s’approche, observe… puis la femelle revient brusquement au nichoir et le chasse immédiatement. Toute cette séquence est visible dans la vidéo.

Et puis survient le grand mystère.

Une coupure de caméra, particulièrement mal placée, nous prive de la suite des événements. Lorsque l’image revient, le constat est terrible : le poussin a disparu. Et il ne reste plus que deux œufs visibles dans le nid.

Sans images, impossible d’affirmer ce qu’il s’est réellement passé. Plusieurs hypothèses sont envisageables :

• Le fauconneau était peut-être trop faible et n’a pas survécu à ses premières heures de vie. Les parents auraient alors évacué le corps du nid, comme cela arrive parfois dans la nature.

• Il est aussi possible que « Tanguy » ait volontairement tué le petit. Depuis plusieurs semaines, le jeune mâle montre des signes d’appropriation du territoire : il chasse régulièrement son père du nid, creuse sa propre cuvette à côté des œufs et tente même de se rapprocher de la femelle. Dans une logique de conquête du territoire, il aurait pu chercher à éliminer la descendance du mâle adulte.

• Enfin, un accident reste possible. Tanguy aurait pu marcher maladroitement sur le poussin, ou un mouvement brusque du père, perturbé par les interventions répétées du jeune mâle, aurait pu être fatal au fauconneau.

Quoi qu’il en soit, cette première éclosion tant attendue n’aura duré que quelques heures à peine.

Aujourd’hui, il ne reste plus que deux œufs. L’un d’eux, plus petit et très clair, correspond probablement à l’un des premiers œufs pondus et insuffisamment couvés. Il n’a malheureusement aucune chance d’éclore.

Tout repose donc désormais sur le dernier œuf encore viable. L’éclosion était attendue autour du 22 mai. Avec seulement quelques jours de retard, rien n’est encore totalement perdu. Mais même si un nouveau poussin venait à naître… pourrait-il réellement survivre avec Tanguy toujours dans les environs ?

Le mâle adulte, lui, semble encore y croire. À l’heure où j’écris ces lignes, il continue de couver avec patience les deux derniers œufs…comme un ultime espoir.

Et pour celles et ceux qui suivent avec passion les aventures des Faucons pèlerins, je vous donne rendez-vous ce samedi 30 mai à Ath, au pied de l’église Saint-Julien, de 10h à 17h.
J’y tiendrai un stand d’observation pour découvrir les Faucons pèlerins de plus près et répondre à toutes vos questions.

Et cette fois, l’histoire est un peu plus heureuse : le couple athois élève actuellement quatre jeunes fauconneaux en parfaite santé… dont les premiers vols sont attendus justement ce week-end !

Les Faucons de Mons – épisode 14 (épisode final)

Lorsque la Ville de Mons a réactivé la caméra du nid des Faucons pèlerins du beffroi cette année, j'ai rapidement eu l'impression que cette saison de nidification serait particulière. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai souhaité partager avec vous cette série d'épisodes : un direct YouTube est toujours passionnant à observer, mais sans explications, il manque parfois les clés pour comprendre ce qui se déroule réellement sous nos yeux.

Alors qu'aujourd'hui Saint-Georges s'apprête une nouvelle fois à terrasser le dragon sur la Grand-Place, un autre combat s'est joué il y a quelques jours dans les hauteurs du beffroi : une lutte pour le contrôle du territoire...avec meurtres à la clé.

Grâce aux vidéos et aux séquences non diffusées en direct auxquelles j'ai pu avoir accès, le doute n'est aujourd'hui plus permis. "Tanguy", le jeune mâle né en 2025, est bien responsable de la mort des deux poussins de la nichée 2026.

Souvenez-vous : dans un précédent épisode, je m'interrogeais sur la disparition mystérieuse d'un des quatre œufs pondus cette année. Cet œuf a finalement éclos le 16 mai. Une vidéo montre même la femelle revenir au nid avec un pigeon peu après la naissance du poussin. Pourtant, contre toute attente, elle ne le nourrit pas. Alors que le jeune affamé est sorti de son œuf, elle dévora sa proie devant lui sans lui donner le moindre reste...

Ce comportement a immédiatement attiré mon attention. Il pourrait constituer un indice suggérant que la femelle observée cette année n'est peut-être pas celle qui occupait le site du beffroi les saisons précédentes. Cette hypothèse reste toutefois impossible à confirmer avec certitude, car aucune des femelles concernées n'était baguée.

Cependant, l'observation de nombreux sites de Faucons pèlerins permet de constater un phénomène bien connu : une femelle pond généralement ses œufs à une période relativement constante d'une année à l'autre, presque à date fixe (à quelques jours près). Or, cette saison, le premier œuf a été pondu avec près de deux semaines de retard par rapport aux années précédentes. Plus étonnant encore, les intervalles entre les pontes ont été particulièrement irréguliers : un premier œuf, puis un deuxième une semaine plus tard, un troisième encore une semaine après, avant qu'un quatrième n'apparaisse seulement deux jours plus tard. L'incubation des premiers œufs a également semblé plus “hasardeuse” qu'à l'habitude.

Pris séparément, ces éléments ne prouvent rien. Mais ensemble, ils laissent penser à l'arrivée d'une femelle plus jeune ou moins expérimentée.

Pendant ce temps, un autre facteur venait compliquer la situation : le comportement de "Tanguy". Depuis plusieurs semaines déjà, le jeune mâle semblait manifester une volonté croissante de s'approprier le territoire. À plusieurs reprises, il a été observé chassant le mâle adulte lorsqu'il se trouvait dans le nichoir. Puis la situation a pris une tournure dramatique. Le 17 mai, "Tanguy" tue le premier poussin, né seulement la veille. Quelques jours plus tard, le 21 mai, un second poussin éclot à son tour. Il ne survivra que quelques heures avant de subir le même sort.

Au final, la saison 2026 aura ressemblé à un véritable scénario digne de “Game of Thrones”. D'un côté, un jeune mâle particulièrement vigoureux tentant de prendre la place de son père en tuant sa progéniture. De l'autre, une femelle probablement inexpérimentée, dont la ponte, la couvaison et l'élevage des jeunes se sont révélés inhabituels. Réunis, ces différents facteurs ont conduit à l'échec complet de la nichée de cette année.

Il ne serait d'ailleurs pas surprenant que cette prise de pouvoir se poursuive dans les mois à venir. En 2027, "Tanguy" atteindra l'âge de deux ans, celui auquel les Faucons pèlerins deviennent généralement aptes à se reproduire. Le mâle nicheur actuel pourrait alors être définitivement évincé du territoire.

Cette saison de nidification montoise s'achève donc plus tôt que prévu. Elle nous rappelle que la nature n'est pas toujours tendre et que les histoires observées dans la vie sauvage ne connaissent pas systématiquement une fin heureuse.

Heureusement, cet échec local ne doit pas faire oublier l'excellente santé de l'espèce en Belgique. Alors que le Faucon pèlerin avait pratiquement disparu du pays dans les années 1970, la population actuelle approche désormais les 240 couples nicheurs. Une réussite remarquable en matière de conservation.

Il ne reste plus qu'à espérer que le couple du beffroi connaîtra une saison plus favorable en 2027.

Merci à toutes et à tous d'avoir suivi cette aventure au fil de ces 14 épisodes.

Récit de Thibaut Van Tomme - que nous remercions

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